Rapport national Signes vitaux 2007
Commentaire de Michael Clague
Dans son analyse de la réduction de la pauvreté au Canada, le rapport national Signes vitaux 2007 met en lumière le fait que la croissance économique et la prospérité n’ont pas en soi de retombées significatives. L’écart de revenu entre riches et pauvres ne cesse de s’accroître. Autre constat inquiétant, le nombre de personnes vulnérables au cercle vicieux de la pauvreté – chômage, dettes, piètre logement ou itinérance – augmente en raison des coûts de logement à la hausse et d’un salaire minimum trop bas. À long terme, l’incapacité à accéder à des régimes de retraite privés pour compléter le régime de pension du Canada en raison de l’augmentation du travail autonome ou à temps partiel aura des conséquences graves pour la population vieillissante.
Il y a un vide au Canada sur le plan des politiques sociales. La réduction de la pauvreté systémique et des risques de pauvreté parmi les personnes les plus vulnérables exigent l’adoption de mesures : un programme de soutien de revenu plus étendu par le biais de crédits d’impôt ; un salaire minimum plus élevé ; des programmes de sécurité sociale accessibles plus généreux et qui comportent des incitations à se sortir de la dépendance à l’aide sociale (exemptions de revenus d’emploi, formation et possibilités d’emploi). Toutes ces mesures ont fait leur preuve dans le passé.
Un logement abordable, sécuritaire et adapté constitue une autre mesure efficace de prévention et d’atténuation de la pauvreté. Le manque de financement fédéral pour le logement et la multitude de programmes provinciaux disparates contribuent directement à la situation du logement dépeinte dans le rapport Signes vitaux. Il est important de rappeler que le financement de refuges pour sans-abri n’est pas une solution.
Il est urgent d’offrir le logement hors-marché subventionné aux plus vulnérables (sans but lucratif et coopératif) et d’accroître le logement hors-marché (locatif et propriétaire) pour les personnes à faible revenu. À l’heure actuelle à Vancouver, le taux d’inoccupation sur le marché locatif des studios est de 0,3 pour cent. Le loyer pour un studio s’élève à 727 $ par mois. Une personne seule qui travaille au salaire minimum ne peut s’offrir ce genre de logement sans avoir à recourir aux banques alimentaires. La situation est encore pire pour les familles monoparentales.
Il est incompréhensible que les gouvernements fédéral et provinciaux n’assument pas leur leadership dans le secteur du logement abordable. L’accès à la propriété abordable (par le biais de prêts hypothécaires raisonnables et accessibles ainsi que de mesures incitatives aux constructeurs) pour les personnes à revenu faible ou moyen permettrait d’atteindre des objectifs tant sociaux qu’économiques. Lorsque les gens quittent un logement public sans but lucratif, d’autres peuvent en bénéficier. Cette forme de propriété permet d’acquérir un actif à long terme qui aide à rembourser les dettes, facilite l’épargne et l’investissement et favorise la consommation.
Il nous faut des politiques de logement public qui permettent à un plus grand nombre d’accéder à la propriété et qui soutiennent les sociétés de logement sans but lucratif à accroître leur propre avoir par l’acquisition de propriétés. Ce faisant, ces sociétés pourront financer l’expansion du secteur du logement hors-marché.
Michael Clague, président du Carold Institute for the Advancement of Citizenship in Social Change, Vancouver, Colombie-Britannique




